Le vélo de route sollicite votre corps de manière unique à chaque coup de pédale. Cette activité, apparemment simple, engage un enchaînement complexe de contractions musculaires coordonnées, de stabilisations articulaires et d'ajustements posturaux. Que vous parcouriez les routes vallonnées de la région de Gatineau ou que vous vous prépariez pour une épreuve de fond, comprendre comment votre corps interagit avec votre vélo peut transformer votre expérience et préserver votre santé articulaire sur le long terme.
La biomécanique du coup de pédale
Le mouvement circulaire du pédalage représente une tâche motrice hautement répétitive qui engage simultanément plusieurs chaînes musculaires. Chaque révolution complète mobilise l'ensemble des articulations du membre inférieur dans une séquence précise qui, lorsqu'elle est optimisée, permet de transmettre efficacement la puissance tout en minimisant les contraintes articulaires.
Le cycle complet en quatre phases
Le coup de pédale se divise en quatre quadrants distincts qui sollicitent différemment vos muscles. Le premier quadrant, correspondant à la phase de poussée entre 0 et 90 degrés, concentre la majorité de la production de force. C'est ici que vos quadriceps et vos fessiers travaillent intensément pour propulser la pédale vers le bas.
Les recherches en électromyographie intramusculaire montrent que les muscles vastes du quadriceps atteignent leur activation maximale précisément durant ce premier quadrant (Watanabe et al., 2016). Cette dominance quadricipitale explique pourquoi tant de cyclistes développent un déséquilibre entre l'avant et l'arrière de la cuisse.
Le deuxième quadrant, entre 90 et 180 degrés, marque une transition cruciale. Les ischio-jambiers atteignent leur pic d'activation dans cette phase, travaillant en synergie avec les mollets pour maintenir la fluidité du mouvement circulaire. Ce moment du cycle révèle souvent les différences entre cyclistes entraînés et débutants.
Les muscles clés de la propulsion cycliste
Le groupe quadriceps et ses subtilités
Le quadriceps constitue le moteur principal de votre coup de pédale. Composé de quatre chefs musculaires distincts, chacun apporte une contribution spécifique au mouvement. Le vaste latéral, le vaste médial et le vaste intermédiaire, ces trois muscles mono-articulaires, se concentrent exclusivement sur l'extension du genou. Le droit fémoral, lui, présente une particularité fascinante puisqu'il traverse à la fois la hanche et le genou.
Cette double fonction du droit fémoral crée un schéma d'activation sophistiqué. Des études récentes démontrent que les cyclistes d'élite activent ce muscle de manière précoce durant la phase de flexion de hanche, réduisant ainsi les forces négatives dans le quatrième quadrant du pédalage (Korff et al., 2023). Cette pré-activation améliore le développement de force lors de l'extension subséquente de la jambe et maintient la propulsion au point mort haut, ce moment critique où la pédale atteint le sommet de sa course.
La coordination entre le droit fémoral et le vaste latéral distingue les cyclistes performants. Une coactivation plus précoce et plus intense de ces deux muscles améliore la transmission de force et permet de franchir le point mort haut avec moins de perte d'élan (Korff et al., 2023). Cette synergie neuromusculaire peut être développée avec un entraînement spécifique et une attention particulière à la technique de pédalage.
Les fessiers, ces stabilisateurs sous-estimés
Les muscles fessiers jouent un rôle double crucial en cyclisme. Le grand fessier, muscle le plus puissant de votre corps, agit comme extenseur principal de la hanche durant la phase descendante. Sa contribution augmente substantiellement lorsque vous adoptez une position debout sur les pédales, particulièrement lors des montées raides où la demande de puissance grimpe en flèche (Li et Caldwell, 1998).
Le moyen fessier et le petit fessier assument quant à eux une fonction stabilisatrice latérale souvent méconnue. Ces muscles empêchent l'affaissement du bassin à chaque appui, maintenant votre alignement biomécanique optimal. Sans cette stabilisation constante, votre genou tendrait à dévier vers l'intérieur, créant un stress rotationnel sur l'articulation qui peut mener au syndrome de la bandelette ilio-tibiale.
Paradoxalement, malgré leur importance, de nombreux cyclistes développent ce qu'on appelle une "amnésie glutéale". La nature répétitive du mouvement cycliste et l'amplitude limitée d'extension de hanche entraînent une inhibition neuromusculaire progressive des fessiers (BF Cycling London, 2024). Cette dominance quadricipitale compensatoire surcharge l'avant de la cuisse et peut compromettre l'efficacité du pédalage.
La chaîne postérieure et son rôle méconnu
Les ischio-jambiers constituent un groupe musculaire paradoxal en cyclisme. Situés à l'arrière de la cuisse, ils contribuent à la fois à l'extension de la hanche et à la flexion du genou. Leur pic d'activation survient durant le deuxième quadrant, entre 90 et 180 degrés, où ils travaillent en synergie avec les mollets pour tirer la pédale vers l'arrière et la préparer pour le cycle suivant.
Le biceps fémoral court, muscle profond rarement étudié, montre une activation prolongée qui se synchronise avec son homologue superficiel (Watanabe et al., 2016). Cette coordination complexe entre muscles profonds et superficiels illustre la sophistication du système neuromusculaire lors du pédalage.
Les mollets, particulièrement le gastrocnémien et le soléaire, complètent le travail de la chaîne postérieure. Leur activation augmente systématiquement avec la cadence de pédalage, tandis que certains muscles comme les fessiers et le soléaire montrent une tendance quadratique avec un minimum d'activation autour de 90 tours par minute (Neptune et al., 1997). Cette réponse variable à la cadence souligne l'importance de trouver votre rythme optimal personnel.
Les adaptations posturales spécifiques au cyclisme
La transformation de la colonne vertébrale
Votre colonne vertébrale subit une métamorphose remarquable lorsque vous passez de la position debout à la position cycliste. Le bas du dos, normalement en lordose avec sa courbure naturelle vers l'avant, bascule en cyphose lorsque vous vous penchez pour atteindre le guidon. Cette inversion de courbure représente une adaptation nécessaire mais potentiellement problématique si elle est maintenue trop longtemps sans conditionnement adéquat.
Des mesures par caméra infrarouge révèlent que cette morphologie spinale n'est pas statique durant le pédalage (Muyor et al., 2022). La colonne thoracique, le bas du dos et l'inclinaison sacrée fluctuent de manière cyclique en synchronisation avec la position de la pédale. Ces mouvements subtils, imperceptibles à l'œil nu, reflètent le transfert dynamique de puissance entre le haut et le bas du corps à travers les forces de réaction au niveau de la hanche.
L'inclinaison du sacrum augmente significativement en position cycliste comparativement à la station debout, témoignant de l'antéversion pelvienne nécessaire pour atteindre le guidon (Muyor et al., 2022). Cette bascule du bassin vers l'avant doit idéalement provenir de la flexion des hanches plutôt que d'une flexion excessive du dos, ce qui exige une mobilité suffisante au niveau des articulations coxo-fémorales.
L'activation minimale du tronc
Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les muscles du tronc montrent une activation remarquablement faible durant le cyclisme à intensité modérée. Les érecteurs du rachis, le grand dorsal, les obliques externes et le grand pectoral n'atteignent qu'environ 1% de leur contraction volontaire maximale, même en pédalant (Muyor et al., 2022).
Cette économie d'activation reflète une stratégie d'efficacité métabolique. Votre corps cherche à minimiser la dépense énergétique non essentielle à la propulsion. Cependant, cette activation minimale cache une réalité plus complexe. Les multifides profonds et les muscles profonds de la ceinture abdominale travaillent en continu pour stabiliser la colonne contre les forces asymétriques générées par le pédalage alterné des jambes.
Les cyclistes souffrant de douleurs lombaires montrent justement une perte de cette co-contraction des multifides lombaires profonds, accompagnée d'une flexion lombaire inférieure accrue et d'une rotation excessive (Muyor et al., 2022). Cette découverte souligne l'importance d'un gainage approprié même si l'activation de surface reste faible.
Prévenir les douleurs courantes du cycliste
La douleur au genou, fléau du cycliste
Le genou représente l'articulation la plus fréquemment touchée par les pathologies de surutilisation en cyclisme. Les données épidémiologiques révèlent qu'entre 25,8% et 48% des cyclistes rapportent une douleur au genou sur une période de douze mois (Althunyan et al., 2017; Borgers et al., 2020). Cette prévalence élevée contraste avec la nature apparemment douce de l'activité cycliste, soulignant l'impact cumulatif des contraintes répétitives.
La douleur antérieure du genou concentre 58,1% des problématiques rapportées (Althunyan et al., 2017). Cette localisation devant ou derrière la rotule suggère typiquement un syndrome fémoro-patellaire, où la rotule suit une trajectoire anormale dans sa gorge fémorale. Les mouvements répétés de pédalage utilisent la rotule de manière excessive, particulièrement lorsque la flexion du genou devient trop importante à cause d'une selle mal positionnée.
Le volume et l'intensité d'entraînement représentent des facteurs de risque majeurs. Les cyclistes de route compétitifs montrent une prévalence de 50%, comparativement à seulement 16,7% chez ceux utilisant le vélo comme moyen de transport (Althunyan et al., 2017). Cette différence spectaculaire souligne que l'intensité de l'effort, plutôt que le kilométrage seul, constitue le facteur critique.
Le dos du cycliste
La lombalgie affecte jusqu'à 46% des cyclistes professionnels, dépassant même l'incidence des douleurs au genou (Borgers et al., 2020). La position fléchie maintenue pendant des heures sollicite les érecteurs du rachis, ces longs muscles verticaux qui longent la colonne vertébrale et aident à maintenir le dos droit. Cette contraction isométrique prolongée finit par provoquer fatigue et inconfort.
La relation entre le positionnement du vélo et les douleurs dorsales montre une corrélation particulièrement forte (Streisfeld et al., 2016). Les cyclistes avec des guidons plus bas présentent des angles de flexion lombo-sacrée accrus durant le pédalage. Un simple ajustement de l'angle de la selle, modifiant l'inclinaison de 10 à 15 degrés en antéversion, a éliminé complètement la lombalgie chez 29 cyclistes sur 40 et l'a diminuée chez 8 autres (Streisfeld et al., 2016).
Cette sensibilité remarquable à la position souligne l'importance d'une évaluation biomécanique professionnelle. Les déséquilibres d'activation musculaire entre les muscles du tronc et les muscles spinaux représentent également un facteur de risque identifié pour la lombalgie cycliste (Streisfeld et al., 2016). Un travail de renforcement ciblé peut corriger ces asymétries avant qu'elles ne deviennent symptomatiques.
Quoi entraîner pour optimiser votre pratique
Renforcement des fessiers
Les glute bridges constituent un exercice fondamental pour réveiller vos fessiers endormis. Allongé sur le dos avec les genoux fléchis et les pieds à plat, soulevez le bassin vers le plafond en contractant intensément les fessiers. Maintenez la position haute deux secondes avant de redescendre. Trois séries de 15 répétitions, pratiquées trois fois par semaine, reconstruisent progressivement l'activation glutéale.
Progressez vers les single-leg glute bridges pour éliminer les compensations entre les deux côtés. Une jambe tendue vers le plafond, soulevez le bassin en vous appuyant uniquement sur l'autre pied. Cette variante unilatérale expose impitoyablement les déséquilibres et force chaque fessier à travailler indépendamment.
Les clamshells ciblent spécifiquement le moyen fessier, ce stabilisateur latéral essentiel. Couché sur le côté avec les genoux pliés, gardez les pieds joints et ouvrez le genou supérieur comme une coquille de palourde. Utilisez un élastique autour des cuisses pour intensifier l'exercice. Quinze répétitions par côté, en maintenant le bassin stable sans bascule arrière, activent ce muscle souvent négligé.
Équilibrage de la chaîne postérieure
Les hamstring curls avec élastique corrigent la dominance quadricipitale qui afflige tant de cyclistes. Debout face à un point d'ancrage, élastique attaché à la cheville, fléchissez le genou en ramenant le talon vers la fesse. La contraction contrôlée des ischio-jambiers sur trois secondes suivie d'une extension sur trois secondes développe à la fois force et contrôle neuromoteur.
Les Romanian deadlifts renforcent simultanément les ischio-jambiers, les fessiers et les érecteurs du rachis. Pieds largeur de hanches, haltères ou barre dans les mains devant les cuisses, penchez-vous vers l'avant en gardant le dos plat. Les poids glissent le long des jambes tandis que les hanches reculent. Vous devez ressentir un étirement intense à l'arrière des cuisses. Trois séries de 10 répétitions avec une charge modérée construisent la résilience de toute la chaîne postérieure.
Stabilisation du tronc
Le bird dog combine équilibre et force, ciblant principalement les multifides qui longent la colonne vertébrale. À quatre pattes, étendez simultanément le bras droit et la jambe gauche jusqu'à l'horizontale. Maintenez la position cinq secondes sans laisser le bassin pivoter ou le dos s'arquer. Alternez les côtés pour dix répétitions totales. Cet exercice développe la stabilité anti-rotationnelle essentielle pour résister aux forces asymétriques du pédalage.
Les dead bugs travaillent la résistance à l'extension lombaire. Sur le dos, bras tendus vers le plafond et genoux fléchés à 90 degrés, abaissez lentement un bras et la jambe opposée vers le sol tout en maintenant le bas du dos plaqué contre le sol. L'effort pour empêcher la lordose de s'accentuer sollicite intensément les abdominaux profonds. Dix répétitions alternées constituent une série complète.
Quoi relâcher pour maintenir la fluidité
Les fléchisseurs de hanche chroniquement tendus
La position assise prolongée, tant au travail qu'à vélo, raccourcit progressivement vos fléchisseurs de hanche, particulièrement le psoas. Ce muscle puissant, lorsqu'il devient tendu, tire le bassin en antéversion excessive et crée une lordose lombaire compensatoire qui surcharge le bas du dos.
Le couch stretch ou étirement du chevalier libère cette tension accumulée. En position de fente avec le genou arrière au sol, avancez le bassin vers l'avant tout en maintenant le tronc vertical. La clé réside dans le maintien d'un dos plat sans se pencher latéralement. Trente secondes par côté, répétées trois fois, restaurent graduellement la longueur fonctionnelle du psoas. Pour intensifier, placez le pied arrière sur une surface surélevée, augmentant l'étirement au niveau de la hanche.
Le standing hip flexor stretch offre une variante pratique après une sortie. En position de fente, genou arrière tendu, poussez les hanches vers l'avant en contractant le fessier de la jambe arrière. Cette contraction active du fessier utilise l'inhibition réciproque pour favoriser le relâchement du fléchisseur opposé. Vingt secondes par côté suffisent pour maintenir la mobilité lorsque pratiqué régulièrement.
Les ischio-jambiers et leur raideur
Des ischio-jambiers tendus tirent le bassin en rétroversion, forçant une flexion lombaire accrue pour atteindre le guidon. Cette compensation augmente le stress sur les disques intervertébraux et surcharge les érecteurs du rachis. Un étirement régulier des ischio-jambiers permet d'adopter une position plus agressive sur le vélo sans compromettre la santé du dos.
Le standing hamstring stretch se pratique avec un pied surélevé sur une surface stable à hauteur de hanche. Penchez-vous vers l'avant à partir des hanches, non du dos, en maintenant le dos absolument plat et en alignant les hanches perpendiculairement à la jambe étirée. L'erreur commune consiste à arrondir le dos pour toucher le pied, ce qui sollicite les muscles dorsaux plutôt que les ischio-jambiers. Vingt secondes par côté, répétées trois fois, augmentent progressivement l'amplitude.
Le supine hamstring stretch avec sangle constitue une alternative efficace. Allongé sur le dos, passez une sangle ou une serviette sous le pied d'une jambe tendue vers le plafond. Tirez doucement la jambe vers vous en maintenant le genou légèrement fléchi pour protéger l'articulation. Pour un bénéfice maximal, fléchissez la cheville en ramenant les orteils vers vous, ce qui étire également le mollet. Glissez progressivement les hanches vers l'avant jusqu'à ce que la jambe soit parallèle au mur, signe d'une excellente flexibilité. Trente secondes à une minute par côté représente une durée optimale.
Mobilité thoracique et ouverture des épaules
La position penchée du cycliste favorise un arrondissement thoracique et un enroulement des épaules vers l'avant. Cette posture prolongée raccourcit les pectoraux et raidit la colonne thoracique, limitant la rotation du tronc nécessaire pour dissiper les forces générées par le mouvement des bras et des jambes.
Le threaded needle stretch libère la rotation thoracique. À quatre pattes, glissez un bras sous le torse en rotation vers le côté opposé, l'épaule et la tempe venant reposer au sol. L'autre bras peut rester au sol ou s'étendre vers le plafond pour intensifier la rotation. Trente secondes par côté, en respirant profondément pour encourager l'expansion de la cage thoracique, restaurent la mobilité rotationnelle perdue.
Les doorway pec stretches ouvrent la face antérieure des épaules. Placez l'avant-bras contre un chambranle de porte, coude à 90 degrés à hauteur d'épaule. Pivotez doucement le corps vers l'avant jusqu'à ressentir un étirement dans le pectoral. Variez la hauteur du bras pour cibler différentes fibres musculaires. Vingt secondes par position, plusieurs fois par jour, contrebalancent efficacement la posture cycliste enroulée.
L'importance capitale du positionnement
Hauteur de selle
La hauteur de selle représente le paramètre le plus critique de votre positionnement. Mesurée idéalement par l'angle du genou au point bas du coup de pédale, elle devrait se situer entre 145 et 155 degrés (Chain Reaction PT, 2024). Cette plage permet une extension quasi complète sans hyperextension tout en préservant un léger fléchissement protecteur.
Une selle trop haute provoque un balancement du bassin pour atteindre le bas du coup de pédale. Ce mouvement latéral répétitif sollicite excessivement les muscles du dos qui doivent stabiliser contre ces oscillations. L'hyperextension qui accompagne ce balancement étire également les structures postérieures du genou, particulièrement les ischio-jambiers qui s'insèrent derrière l'articulation.
À l'inverse, une selle trop basse restreint le mouvement de la hanche au sommet du coup de pédale. Cette amplitude limitée force une rotation externe compensatoire qui tire sur les muscles profonds de la hanche et surcharge le bas du dos. La flexion excessive du genou augmente également la pression patello-fémorale, favorisant l'apparition du syndrome fémoro-patellaire et des tendinopathies rotuliennes.
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Recul et inclinaison de selle
Le recul de selle, c'est-à-dire sa position avant-arrière sur les rails, détermine l'équilibre entre chaîne antérieure et postérieure. La référence classique place le genou directement au-dessus de l'axe de la pédale lorsque la manivelle se trouve à 3 heures, dans un rayon de 1 à 2 cm (Chain Reaction PT, 2024).
Une selle trop avancée force le bassin en rétroversion postérieure, étirant le bas du dos. Elle exige également une amplitude de mouvement de hanche accrue, ce qui surcharge les structures lombaires. À l'opposé, une selle trop reculée bascule le bassin en antéversion, créant une lordose lombaire excessive et augmentant la compression des facettes articulaires postérieures. Ce recul excessif allonge aussi l'atteinte vers le guidon, obligeant le dos à compenser si la force du tronc est insuffisante.
L'inclinaison de la selle mérite une attention minutieuse. L'idéal consiste généralement à incliner légèrement le nez vers le bas d'un à deux degrés (Connect PT, 2024). Cette légère descente permet au bassin de pivoter vers l'avant naturellement lors de l'atteinte du guidon. Les ischions, ces os pointus du bassin, devraient reposer confortablement dans le dernier tiers de la selle sans pression excessive sur les tissus mous à l'avant.
Un nez de selle trop relevé agit comme un bloc empêchant la rotation pelvienne vers l'avant. Cela force la colonne à compenser par une flexion accrue, surchargeant les érecteurs du rachis. Un nez trop abaissé, par contre, laisse le cycliste glisser constamment vers l'avant, nécessitant des réajustements perpétuels qui créent friction, stress articulaire et fatigue musculaire.
Conseils pratiques pour votre prochaine sortie
Avant de partir, vérifiez systématiquement la pression de vos pneus. Une pression inadéquate modifie subtilement la géométrie de votre position et peut contribuer à l'inconfort, particulièrement au niveau du dos et des mains. Les pneus légèrement sous-gonflés absorbent mieux les vibrations mais augmentent la résistance au roulement et la fatigue musculaire.
Intégrez un échauffement progressif de 10 à 15 minutes à faible intensité au début de chaque sortie. Cette période permet à vos muscles, tendons et articulations d'atteindre leur température optimale de fonctionnement. Le fluide synovial qui lubrifie vos articulations devient moins visqueux avec la chaleur, réduisant la friction et protégeant le cartilage.
Variez votre position sur le vélo durant les sorties longues. Alternez entre la prise en bas du guidon, sur les cocottes et en haut du cintre. Ces changements redistribuent la pression sur différentes zones de contact et sollicitent légèrement différemment vos muscles, retardant l'apparition de la fatigue localisée.
Hydratez-vous régulièrement avant de ressentir la soif. La déshydratation réduit le volume sanguin, diminuant l'apport d'oxygène aux muscles et altérant la coordination neuromusculaire. Visez 500 à 750 ml par heure d'effort selon les conditions climatiques.
Si des douleurs inhabituelles apparaissent pendant ou après vos sorties, n'attendez pas qu'elles s'aggravent. Une consultation précoce permet d'identifier rapidement si le problème provient d'un positionnement inadéquat, d'un déséquilibre musculaire ou d'un patron de pédalage inefficace. Une évaluation biomécanique complète peut révéler des subtilités invisibles à l'œil nu mais déterminantes pour votre confort et votre performance. L'expertise de l'équipe multidisciplinaire de Spécifik Performance peut vous guider dans l'optimisation de votre position et la correction d'éventuels déséquilibres avant qu'ils ne deviennent limitants.
Questions fréquemment posées
Quelle est la principale différence biomécanique entre le vélo de route et le vélo de montagne?
Le vélo de route maintient une position plus aérodynamique avec un tronc plus fléchi et une sollicitation plus uniforme des muscles dans un plan de mouvement constant. Le vélo de montagne demande des ajustements posturaux constants, une stabilisation dynamique accrue et une activation plus importante des stabilisateurs latéraux pour gérer le terrain variable.
Comment savoir si ma selle est à la bonne hauteur?
Placez votre talon sur la pédale au point le plus bas. Votre jambe devrait être complètement tendue sans hyperextension. Ensuite, positionnez l'avant-pied correctement sur la pédale; votre genou devrait présenter un angle entre 145 et 155 degrés à ce même point bas. Si vous devez balancer les hanches pour atteindre le bas du coup de pédale, votre selle est trop haute.
Pourquoi mes genoux me font-ils mal après de longues sorties?
La douleur au genou provient généralement d'un positionnement inadéquat ou d'un déséquilibre musculaire. Une selle trop basse ou trop avancée augmente la pression patello-fémorale. Un manque de force des fessiers entraîne une compensation quadricipitale excessive. Des ischio-jambiers faibles créent un déséquilibre avec les quadriceps. Une évaluation professionnelle peut identifier la cause spécifique.
À quelle fréquence devrais-je étirer mes muscles de cycliste?
Un minimum de trois séances d'étirement par semaine maintient la mobilité de base. Les cyclistes pratiquant plus de six heures par semaine bénéficient d'étirements quotidiens, particulièrement au niveau des fléchisseurs de hanche et des ischio-jambiers. Les étirements sont plus efficaces lorsque pratiqués après l'effort, sur des muscles chauds, plutôt qu'avant la sortie.
Le renforcement musculaire est-il vraiment nécessaire pour le cyclisme?
Absolument. Bien que le cyclisme renforce les quadriceps et dans une moindre mesure les mollets, il crée souvent des déséquilibres musculaires. Les fessiers, les ischio-jambiers et les muscles du tronc nécessitent un travail complémentaire pour maintenir l'équilibre musculaire, prévenir les blessures et optimiser le transfert de puissance. Deux séances de 45 minutes par semaine suffisent pour la plupart des cyclistes.
Références
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Borgers, A., Claes, S., Vanbeek, N., Meeusen, R., Van Petegem, L., Buyl, R., & Luyckx, T. (2020). Etiology of knee pain in elite cyclists: A 14-month prospective cohort study. Acta Orthopaedica Belgica, 86(2), 314-321.
Korff, T., Rowley, J., Fong Yan, A., & Jensen, J. L. (2023). A quadriceps femoris motor pattern for efficient cycling. PLOS ONE, 18(3), e0282391.
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